La BCE confrontée à une inflation plus persistante que prévu

Réaction économique

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La Banque centrale européenne (BCE) a relevé ses taux directeurs tout en révisant à la hausse ses prévisions de croissance et d’inflation pour la zone euro.

Cette décision intervient dans un contexte marqué par la poursuite du conflit au Moyen-Orient et par une nouvelle hausse des prix de l’énergie. Malgré ces chocs, l’activité économique de la zone euro s’est révélée plus résiliente qu’anticipé au cours des derniers mois, portée par la consommation des ménages et la dépense publique.

Les nouvelles projections de la BCE illustrent ce changement d’appréciation. La croissance de la zone euro est désormais attendue à 0,9 % en 2026 puis 1,4 % en 2027, soit des prévisions légèrement relevées par rapport au mois de juin. Dans le même temps, l’inflation devrait atteindre 3,0 % en moyenne en 2026 puis 2,5 % en 2027, soit bien au-dessus de la cible de 2 % de la BCE.

Les perspectives d’une inflation durablement élevée compliquent l’équation de la BCE. Si les tensions inflationnistes demeurent principalement liées au choc énergétique, la banque centrale surveille désormais attentivement leur diffusion à l’ensemble de l’économie, notamment via les salaires et les anticipations d’inflation.

 

Alors que le conflit au Moyen-Orient continue de peser sur les prix de l’énergie, l’économie de la zone euro a montré une capacité d’adaptation supérieure aux attentes de la BCE. Le PIB a progressé de 0,6 % (en glissement trimestriel) au deuxième trimestre 2026 et les enquêtes de conjoncture suggèrent une poursuite de la croissance au cours des prochains mois. La BCE a ainsi relevé sa prévision de croissance à 0,9 % pour 2026 et 1,4 % pour 2027.

La croissance apparaît désormais plus équilibrée entre les différents secteurs de l’économie. L’industrie manufacturière bénéficie de la montée en puissance des dépenses d’infrastructures et de défense, notamment en Allemagne. Dans le même temps, la confiance des ménages s’est progressivement redressée après le choc énergétique, permettant au secteur des services de retrouver une dynamique plus favorable.

La BCE souligne également l’impact croissant des investissements liés à l’intelligence artificielle. Les dépenses consacrées aux infrastructures numériques, aux centres de données et aux services technologiques soutiennent l’investissement des entreprises et participent au redressement de la demande mondiale. Toutefois, la banque centrale estime que l’Europe bénéficie moins que les États-Unis ou certains pays asiatiques de cette dynamique, en raison de la taille plus réduite de son secteur technologique.

 

Le marché du travail demeure également robuste. Le taux de chômage de la zone euro est en effet resté stable à 6,4 % en juillet et la BCE anticipe une poursuite de sa baisse au cours des prochaines années. La BCE estime ainsi que la consommation des ménages devrait continuer de bénéficier du recul progressif de l’inflation énergétique à partir de 2027, tandis que l’investissement des entreprises, l'investissement résidentiel et les dépenses publiques (notamment dans les infrastructures et la défense) devraient soutenir l’activité à moyen terme. Toutefois, l’institution souligne également que le renforcement durable du potentiel de croissance européen nécessitera des réformes structurelles, une accélération de la transition énergétique et des finances publiques plus soutenables.

Cette résilience économique ne dissipe toutefois pas les inquiétudes concernant l’inflation. Après avoir atteint 2,9 % en juillet, l’inflation est remontée à 3,3 % en août sous l’effet de la hausse des prix de l’énergie. Selon les projections de la BCE, l’inflation devrait culminer à 3,6 % au quatrième trimestre 2026 avant de diminuer progressivement.

Pour l’instant, la diffusion du choc énergétique au reste de l’économie demeure limitée. L’inflation sous-jacente reste contenue et les indicateurs concernant le coût du travail ne montrent pas de véritable effet de second tour. Les anticipations d’inflation à long terme restent par ailleurs proches de la cible de 2 %, ce qui constitue un élément rassurant pour la BCE.

La principale évolution par rapport à la réunion de juin réside donc moins dans le diagnostic actuel que dans les perspectives. La BCE a été surprise à la fois par la résistance de l’économie européenne et par une inflation alimentaire plus faible qu’attendu. En revanche, elle considère désormais que les conséquences du choc énergétique seront plus durables. Ses prévisions d’inflation ont ainsi été relevées à 2,5% pour 2027 et 2,1 % pour 2028.

Dans ce contexte, la BCE a adopté une communication prudente. Lors de la conférence de presse, Christine Lagarde s'est refusée à tout commentaire concernant le prochain mouvement. Elle a indiqué que le Conseil des gouverneurs n’avait pas débattu de la trajectoire future des taux et continuerait de s’appuyer sur trois critères : les perspectives d’inflation, les mesures d’inflation sous-jacente et la transmission de la politique monétaire.

La BCE se retrouve ainsi confrontée à un risque d'inflation plus persistante qu'initialement attendu, dans un contexte géopolitique devenu plus instable. Au-delà de ce choc énergétique, l'inflation européenne (et mondiale) pourrait continuer d'être alimentée par les quêtes de souveraineté des États, notamment dans les secteurs stratégiques. La récente hausse des prix des semi-conducteurs, en lien avec la forte demande du secteur de l'intelligence artificielle, en est le parfait exemple. Ces éléments confirment notre lecture d’un environnement inflationniste persistant, comme nous l’évoquons dans nos Perspectives économiques et financières. 

 

Rédigé par

Éloïse GIRARD-DESBOIS
Économiste
Le 11 septembre 2026

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