Le regard du gérant - Souveraineté technologique

Perspectives Économiques et Financières

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Retrait progressif des équipementiers télécoms européens en Chine

La question de la souveraineté, en particulier s’agissant du déploiement des technologies cruciales, est au cœur de nos Perspectives Économiques et Financières. La situation du marché chinois pour les équipementiers télécoms européens est à ce titre éloquente. Entre 2018 et 2025, le marché chinois s'est fermé de manière drastique : les revenus cumulés de Nokia et Ericsson dans le pays se sont réduits de plus de moitié. Autrefois dominants, les fournisseurs occidentaux ne représentent plus qu’une part de marché tombée sous les 5 %. Cette éviction massive profite aux champions nationaux comme Huawei et ZTE, vers lesquels les opérateurs étatiques chinois orientent désormais l'essentiel de leurs commandes.

Cette évolution résulte d’abord d’une préférence nationale devenue structurelle : les opérateurs chinois, notamment publics, privilégient les fournisseurs domestiques, soutenus par des économies d’échelle, des politiques industrielles et un environnement de prix très agressif. Pour les équipementiers européens, cette pression réduit fortement les volumes et les marges, tandis que la maturité du déploiement 5G chinois limite les perspectives de croissance. Le phénomène est renforcé par une escalade géopolitique et réglementaire. Côté européen, la « Boîte à outils 5G » de 2020, d'abord appliquée de façon disparate entre des pays stricts comme la France ou la Suède et d'autres plus dépendants comme l'Allemagne, a évolué vers un cadre légal contraignant. La Commission européenne impose désormais un calendrier d'élimination progressive des « fournisseurs à haut risque » et coupe les financements budgétaires européens pour leurs projets. En rétorsion, Pékin a durci sa politique de souveraineté technologique via des examens de sécurité opaques, le verrouillage des marchés publics et un cadre législatif strict sur la gestion des données. 

Nokia et Ericsson abordent cette mise en retrait du marché chinois avec des modalités propres. Nokia a accéléré la rationalisation de sa présence locale : après avoir racheté la totalité des parts de sa filiale pour retrouver une pleine liberté stratégique, le groupe a intégré ses activités chinoises à son organisation mondiale, mettant fin à l'autonomie des entités locales. Cette réorganisation s'est traduite par la fermeture de son centre de recherche et développement à Hangzhou, impactant près de 1 600 postes, et par des projets de fermeture de plusieurs autres sites. Ericsson suit une logique similaire de recalibrage mais plus graduelle : le groupe a nettement réduit ses effectifs en Chine et réalloue progressivement ses ressources vers des marchés plus porteurs, en particulier l'Amérique du Nord et l'Inde. Notons que ce découplage s'étend à d'autres secteurs industriels comme l'automobile. On peut citer par exemple Stellantis qui a mis fin à sa co-entreprise Jeep/GAC pour passer à un modèle basé sur des importations et des participations financières. Face à une Chine qui se ferme et sanctuarise son marché intérieur, ces retraits illustrent un changement de paradigme en termes de libre-échange, en ligne avec les travaux réalisés dans le cadre de nos Perspectives Économiques et Financières

 

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Rédigé par

François-Xavier DE GOURCY
Gérant Mandats Actions Europe