Le regard du gérant - L’aluminium, une autre victime collatérale du conflit actuel au Moyen-Orient

Le Point de vue de l'expert

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Le conflit en cours au Moyen-Orient et la fermeture du détroit d’Ormuz ont des répercussions qui dépassent largement les seuls marchés du pétrole et du gaz.

L’impact de ce conflit est multi-sectoriel et l’aluminium n’est pas épargné.

Le Moyen-Orient produit 8 à 10% de l’offre mondiale d’aluminium. Une part significative de cette production est aujourd’hui menacée, à la fois par la fermeture du détroit d’Ormuz, un axe essentiel au commerce mondial et par des attaques de drones sur certaines infrastructures industrielles. Les producteurs d’aluminium de la région bénéficiaient d’un modèle économique attractif, basé sur l’accès à une énergie abondante et bon marché. Ils importaient par le détroit l’alumine nécessaire à la production d’aluminium et exportaient leurs productions à travers ce même point de passage au reste du monde. La remise en cause de cette logistique fragilise désormais l’ensemble du dispositif, illustrée par plusieurs exemples récents. L’unité Qatalum, détenue par le norvégien Norsk Hydro, dotée d’une capacité de 0,650 millions de tonnes (Mt), a déclaré un cas de force majeure et réduit volontairement son taux d’utilisation à 60% en raison de pénuries d’intrants. Le site n’exclut pas une fermeture complète si le blocage d’Ormuz n’est pas levé dans les deux prochains mois. Après un arrêt volontaire, une unité de production nécessite environ six mois pour retrouver une activité normale. La situation est plus critique encore en cas d’arrêt involontaire. A ce jour, deux unités majeures (Alba et Al Taweelah) d’une capacité de 1,6 Mt chacune ont été touchées par des attaques de drones. Au-delà des délais liés aux réparations, ces arrêts non-contrôlés entraînent la solidification du métal dans les cuves, rendant la remise en service beaucoup plus complexe. Dans ce type de configuration, il faut compter près de douze mois pour redémarrer une unité. Au total, plus de 3 Mt de capacités sont hors service à ce jour, représentant 4% de l’offre mondiale d’aluminium. L’an passé, la mise à l’arrêt de la mine de cuivre de Grasberg (3% de l’offre mondiale de cuivre) a entraîné une hausse de plus de 30% du prix du cuivre entre septembre et la fin d’année. A ce stade, le prix de l’aluminium (référence LME) n’a bondi que de 15%. A moyen terme, les prix devraient rester durablement élevés compte tenu des contraintes sur l’offre. La demande pourrait s’ajuster à la baisse à cause de la hausse des prix mais les possibilités de substitution demeurent limitées, d’autant que les métaux alternatifs connaissent eux aussi des tensions haussières.

Nos Perspectives Économiques et Financières décrivent un monde plus conflictuel. Le conflit actuel au Moyen-Orient met en évidence la vulnérabilité de la région, remettant en cause le modèle économique de ses producteurs. Cette situation encourage les clients à diversifier leurs approvisionnements et les producteurs à relocaliser leurs capacités afin de garantir l’accès à un métal critique. En effet, l’aluminium a un rôle clé dans la transition énergétique, laquelle devrait accélérer, dans un contexte où les États cherchent à réduire leur dépendance aux importations d’énergies fossiles.

Rédigé par
Chicuong Dang

Chicuong DANG
Gérant OPC Actions Européennes