Environnement économique - Octobre 2026
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Malgré des conditions de financement plus tendues, les banques centrales restent vigilantes
Nos perspectives économiques et financières
Nos perspectives économiques et financières de mi‑année s’inscrivent dans la continuité de notre grille de lecture stratégique, marquée par un monde plus politique, plus régionalisé et engagé dans une quête accrue de souveraineté. Le choc lié aux tensions dans le détroit d’Ormuz constitue une nouvelle étape, révélant les vulnérabilités différenciées des économies et renforçant la nécessité d’adaptation des modèles de croissance. Cette dynamique entretient une inflation plus persistante et maintient une pression élevée sur les coûts de financement, dans un environnement d’endettement déjà contraint. Les impacts sur la croissance demeurent hétérogènes selon les zones, mais confirment une polarisation accrue des foyers de croissance. Dans ce contexte, les banques centrales voient leurs marges de manœuvre limitées et doivent arbitrer entre stabilité des prix et soutien à l’activité, dans un environnement marqué par une incertitude durable.
La poursuite des tensions au Moyen-Orient a continué à peser sur les prix de l’énergie en octobre, le baril de Brent atteignant un plus haut de six mois. Dans ce contexte, les principales banques centrales font preuve de vigilance face à des risques inflationnistes toujours élevés. La Réserve fédérale, la Banque centrale européenne et la Banque du Japon ont laissé leurs taux directeurs inchangés, mais elles restent attentives à la diffusion de la hausse des prix énergétiques aux autres composantes de l’inflation, alors que la résistance de l’activité économique se confirme. Sous les effets conjoints des espoirs de stabilisation des prix de l’énergie et de crainte de dégradation de la conjoncture économique, les taux d’intérêt à long terme ont reculé dans les grands pays, sauf en France en raison de l’incertitude politique et budgétaire. Sur le marché des changes, l’euro s’est déprécié de 1,61% sur le mois contre le dollar, à 1,1172. Le prix du baril de Brent a augmenté de 14,6% par rapport au mois précédent, à 117,64$.
Aux États-Unis, l’économie est restée bien orientée. Le PIB a progressé de 0,8 % au troisième trimestre par rapport au trimestre précédent. La croissance reste tirée par l’investissement non-résidentiel, qui a encore accéléré, et par la consommation des ménages, dont la croissance se maintient. Malgré des créations d’emplois un peu moins nombreuses en septembre, le marché du travail ne montre pas de signe de faiblesse. Dans le même temps, l’inflation a encore progressé, pour atteindre 3,7 % en septembre, et les rapports statistiques indiquent une diffusion plus large des tensions sur les prix au-delà de la seule composante énergétique. Dans ce contexte, la Réserve fédérale a laissé ses taux directeurs inchangés en octobre, mais elle attend des informations complémentaires pour éventuellement agir à nouveau en décembre. Sur le plan commercial et diplomatique, Donald Trump a fait pression sur les Européens pour qu’ils libèrent une partie de leurs stocks stratégiques de diesel et a négocié l’achat de cargaisons de ce même carburant à la Russie, allégeant ainsi les sanctions destinées à compliquer le financement par la Russie de la guerre en Ukraine. L’objectif du président Trump était de faire baisser le prix au détail du diesel avant les élections de mi-mandat.
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Au Royaume-Uni, l’inflation a continué à progresser pour atteindre 3,5 % en septembre. Les risques d’une accélération supplémentaire des prix à la consommation restent dominants et le marché du travail s’est stabilisé. Dans ce contexte, et alors que les indicateurs d’activité restent bien orientés, les banquiers centraux britanniques semblent prêts à relever leur taux directeur.
En zone euro, la Banque centrale européenne a laissé ses taux directeurs inchangés en octobre. Les banquiers centraux constatent que la poursuite de la remontée des prix de l’énergie entretient les risques inflationnistes. La relative stabilité de l’inflation sous-jacente indique une diffusion encore limitée des tensions sur les prix en aval. Les banquiers centraux ne décèlent toutefois pas d’effets de second tour pour le moment. Par ailleurs, l’activité économique continue de résister, avec une croissance de 0,4 % du PIB de la zone euro entre les deuxième et troisième trimestres. Les divergences entre pays demeurent toutefois importantes, la France apparaissant nettement à la traîne, sur fond d’agitation sociale qui renforce l’incertitude politique et pèse sur la capacité du pays à redresser ses finances publiques.
En Chine, le PIB a progressé de 4,5 % sur un an au troisième trimestre. Mais l’activité reste tirée essentiellement par la demande extérieure de composants et d'appareils électroniques, notamment liés au développement des investissements dans l’IA, alors que la consommation des ménages est peu dynamique et que l’investissement se contracte encore. Dans le même temps, les pressions déflationnistes semblent continuer à s’atténuer, avec une accélération des prix à la production et une dynamique un peu plus soutenue des prix à la consommation. Mais la hausse des prix à la production reste concentrée essentiellement dans les activités en amont des processus de production.
La Banque du Japon, comme le gouvernement japonais, semblent sur le point de déclarer la victoire dans la lutte contre les pressions déflationnistes. Alors que les indicateurs d’activité restent solides, les indices de prix accélèrent à nouveau. Les banquiers centraux ont salué le passage au-dessus du seuil de 2 % de la progression sur un an de l’inflation hors énergie et produits alimentaires, et plusieurs ministres ont souligné que l’inflation semblait désormais soutenue par la dynamique salariale. Par ailleurs, la ministre japonaise des Finances a continué à affirmer la nécessité d’un yen plus fort et elle a réitéré son engagement à agir si la devise nippone recommençait à se déprécier sur le marché des changes.
Sources des données : Datastream, Bloomberg, US Bureau of Labor Statistics, US Bureau of Economic Analysis, Office for National Statistics, Eurostat, BCE, S&P Global, Statistics Bureau of Japan, Japan Cabinet Office, National Bureau of Statistics of China.
Rédigé par
Jean-Louis MOURIER
Analyste économique
Le 2 novembre 2026