Environnement économique - Décembre 2025
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Les grandes banques centrales divergent
Nos perspectives économiques et financières
L’activisme des États dans leur objectif affiché de reconquête de souveraineté se traduit par des soutiens substantiels aux secteurs jugés stratégiques et une compétition accrue pour l’accès aux ressources. Ces démarches s’inscrivent dans un environnement mondial moins coopératif où les politiques monétaires demeurent contraintes par un environnement structurellement plus inflationniste. Aux États-Unis, l’administration actionne de nombreux leviers pour appuyer la reprise en main de l’économie par le politique. Au-delà des droits de douane et des prises de participation dans les secteurs stratégiques, le regard du politique se porte sur la banque centrale avec l’objectif d’aligner davantage la politique monétaire sur le projet économique de l’administration. En Europe, les marges de manœuvre des États sont limitées par le champ des compétences de l’UE. En France, l’instabilité politique fait peser un risque sur sa dette publique, une situation susceptible de mettre à l’épreuve la souveraineté du pays dans ses décisions budgétaires.
Le mois a été marqué par des décisions divergentes des grandes banques centrales. Face à un marché du travail moins dynamique et une inflation en recul, la Fed a baissé une nouvelle fois ses taux directeurs. La Banque d’Angleterre en a fait de même. Mais la Banque centrale européenne a conservé le statu quo ainsi qu’une communication qui ne laisse pas attendre une prochaine détente et la Banque du Japon a relevé son taux directeur. Sur le plan géopolitique, les États-Unis annoncent un désengagement d’Europe, mais ils se montrent plus actifs au Moyen-Orient et en Amérique Latine. Dans l’Union européenne, les institutions poursuivent leurs efforts de simplification en faveur de la compétitivité. En Chine, l’activité est restée mal orientée en novembre. Sur le marché des changes, l’euro s’est apprécié de 1,59% sur le mois contre le dollar, à 1,1750. Le prix du baril de Brent a baissé de 3,62% par rapport au mois précédent, à 60,90$.
Aux États-Unis, la Réserve fédérale a baissé une nouvelle fois son objectif de taux des fed funds, à [3,50% ; 3,75%]. Il s’agit de la troisième diminution consécutive des taux directeurs. Alors que l’activité économique est restée solide au troisième trimestre, le comité de politique monétaire reste partagé sur l’orientation à donner à sa politique ces prochains mois. S’ils constatent que le marché du travail est moins dynamique, ses membres diffèrent dans leur analyse des tensions inflationnistes provoquées par les droits de douane. Sur le plan géopolitique, la nouvelle stratégie de sécurité des États-Unis, très critique vis-à-vis de l’Europe, confirme la rupture de l’approche américaine vis-à-vis de ses alliés traditionnels. On observe à la fois une volonté de désengagement des affaires européennes et un plus grand interventionnisme notamment sur le continent américain. La volonté d’annexion du Groenland a été réitérée et s’est illustrée par la nomination d’un envoyé spécial dont l’ambition est de faire de l’île une partie des États-Unis. Par ailleurs, l’administration Trump a interdit l’entrée aux États-Unis à cinq personnalités européennes liées à la régulation du secteur des nouvelles technologies.
Au Royaume-Uni, la Banque d’Angleterre a baissé son taux directeur de 25 points de base, à 3,75%, dans un contexte de modération de l’inflation. La hausse sur un an des prix à la consommation est revenue de 3,6% en octobre à 3,2% en novembre. L'inflation sous-jacente se modère également à 3,2%. Le comité de politique monétaire reste néanmoins très divisé, la nouvelle détente de la politique monétaire n’ayant été votée qu’à cinq voix contre quatre.
En zone euro, la Banque centrale européenne a laissé ses taux directeurs inchangés et maintenu une communication attentiste, la majorité des membres du Conseil des gouverneurs jugeant faible le risque de voir l’inflation s’installer durablement sous l’objectif de 2%. Les données économiques publiées sur le mois sont de nature à conforter les banquiers centraux dans cette approche, avec une inflation qui ne diminue plus et une activité économique plus résistante que l’anticipaient les banquiers centraux. L’idée que le prochain mouvement puisse être une hausse des taux directeurs a même été émise. Les institutions européennes poursuivent leur travail de simplification de la réglementation afin de soutenir la compétitivité des entreprises et leur permettre des économies de coûts de production. En décembre, cela est notamment passé par les révisions des directives CSRD et CS3D, ainsi que la modification du mécanisme d’ajustement carbone aux frontières, mais aussi par l’abandon, sous conditions, de l’interdiction de vente de véhicules thermiques à partir de 2035. Sur le plan commercial, la signature de l’accord de libre-échange avec le Mercosur a été repoussée à janvier. Si l’Allemagne et l’Italie ont réussi à adopter leur budget pour 2026, qui consacre un important effort d’investissements publics en Allemagne, ce n’est pas le cas de la France. La loi de financement de la sécurité sociale a certes été adoptée, mais pas le budget de l’Etat. Une loi spéciale a donc dû être votée pour permettre aux administrations de continuer à fonctionner début 2026.
En Chine, l’activité économique est restée faible en novembre. La production industrielle ainsi que la consommation des ménages ont encore ralenti et l’investissement a continué à se contracter. La situation préoccupe le Politburo, dont les dirigeants ont annoncé le maintien d’une politique budgétaire proactive et d’une politique monétaire « modérément accommodante » pour soutenir l’activité. Néanmoins, l’excédent commercial a fortement augmenté, notamment sous l’effet d’une nette reprise des exportations en dépit de la poursuite de leur contraction vers les Etats-Unis. Au Japon, la banque centrale a remonté son taux directeur de 25 points de base, à 0,75%, et prévenu que le mouvement pourrait se poursuivre, sa politique restant accommodante. L’activité économique reste solide, l’inflation est toujours au-dessus de l’objectif et le dynamisme des salaires se confirme. Cette décision intervient de plus dans un contexte d’inquiétude face à la faiblesse du yen.
Sources des données : Datastream, Bloomberg, US Bureau of Labor Statistics, US Bureau of Economic Analysis, Office for National Statistics, Eurostat, BCE, S&P Global, Statistics Bureau of Japan, Japan Cabinet Office, National Bureau of Statistics of China.
Rédigé par
Jean-Louis MOUTIER
Analyste Macroéconomique
5 janvier 20206