Environnement économique - Mars 2025

Environnement économique

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Europe et Chine tentent de réagir au durcissement de la politique américaine

Nos perspectives économiques et financières

Dans la continuité de nos réflexions précédentes, nous poursuivons notre analyse des avantages concurrentiels et le déploiement des stratégies industrielles des trois zones, à l’aune des premières mesures de la nouvelle administration américaine, des dernières initiatives européennes et des annonces volontaristes de la Chine. Les rapports de force au niveau mondial évoluent, de nouvelles rivalités se dessinent, et ces nouvelles réalités ont conduit à des stratégies de rupture, qui réorganisent les échanges mondiaux et encouragent des initiatives régionales ou nationales. Cette réorganisation du monde, qui s’accompagne d’une course à l’accès aux ressources, génère des pressions inflationnistes structurelles : tensions géopolitiques, relocalisation, pressions sur les salaires… Dans ce contexte où le Politique a repris la main, les marges de manœuvre des banques centrales restent contraintes et les autorités monétaires seront à l’avenir plus réactives que proactives.

Au cours du mois de mars, les États-Unis ont poursuivi leurs discussions avec la Russie et l’Ukraine pour tenter d’imposer un cessez-le-feu dans le conflit qui oppose les deux pays. L’administration américaine a aussi multiplié les déclarations sur sa future politique commerciale, sans qu’il soit toujours facile de déterminer ce qui sera finalement mis en œuvre. Dans un contexte de remise en cause de l’alliance transatlantique, l’Union européenne tente de fédérer les volontés de réarmement de ses Etats-membres, alors que, à la suite des élections anticipées de fin février, l’Allemagne s’est dotée des moyens institutionnel de financer son propre effort de défense et a créé un fonds d’investissements en infrastructures de 500Mds€ sur douze ans. Sur le marché des changes, l’euro s’est légèrement apprécié de 3,88% sur le mois contre le dollar, à 1,0815. Le prix du baril de Brent a progressé de 2,1% par rapport au mois précédent, à 74,74$.mars

ameriqueAux États-Unis, D. Trump a poursuivi ses multiples annonces -et contre-annonces- de hausses des droits de douane. Le président a décidé de l’imposition de taxes douanières de 25% sur les importations de marchandises en provenance du Mexique et du Canada, avant de finalement suspendre en partie la mesure jusqu’au 2 avril. Par ailleurs, des droits de douanes de 25% sur toutes les automobiles et pièces détachées importées aux Etats-Unis entreront en vigueur le 3 avril. Il a aussi confirmé la mise en place de droits de douane dits « réciproques », dans le but d'égaler le niveau de barrières tarifaires et non-tarifaires imposées par les pays étrangers, qui devraient entrer en vigueur au début du mois d’avril. Sur le plan monétaire, la Réserve fédérale a maintenu sa fourchette de taux directeurs inchangée. Elle attend plus d’informations sur le niveau des droits de douanes qui s’appliqueront ces prochains mois. Elle craint que ceux-ci pèsent sur l’activité économique et provoque une nouvelle augmentation de l’inflation. Les enquêtes auprès des entreprises et des ménages illustrent ces inquiétudes : la « bulle » de confiance qui a suivi l’élection de Donald Trump s’est dégonflée et les ménages craignent une accélération des prix à la consommation.

EuropeAu Royaume-Uni, la Banque d’Angleterre a maintenu son taux directeur inchangé à 4,50% en mars. L’activité économique reste certes peu dynamique, mais les tensions inflationnistes sont toujours présentes. En dépit d’une baisse du taux d’inflation, à 2,8%, en février, le risque de boucle prix-salaires reste entier, d’autant que le budget 2025-2026, qui a dû être révisé pour tenir compte d’une situation moins favorable, comprend des mesures susceptibles de faire augmenter le coût du travail pour les entreprises.

En zone euro, avant même sa prise de pouvoir, la CDU-CSU a fait passer une proposition commune avec le SPD de révision du mécanisme institutionnel de frein à la dette, qui en exonère une partie des dépenses militaires, et la création d’un fonds d’investissements en infrastructures de 500Mds€ sur 12 ans, lui aussi placé hors du mécanisme de frein à la dette. Parallèlement, la Commission européenne a présenté un projet de financement de la volonté des Etats-membres d’augmenter sensiblement leurs dépenses militaires. Face à l’entrée en vigueur des droits de douanes augmentés sur les importations américaines d’acier et d’aluminium, la Commission européenne a dressé une liste de produits importés des Etats-Unis qui feront l’objet de taxes supplémentaires lors de l’entrée dans l’Union européenne. Alors que l’activité économique reste faible et que l’inflation a repris son mouvement de baisse en février (2,3%), la BCE a baissé une nouvelle fois ses taux directeurs, ramenant le taux de dépôt à 2,50%. Le discours a toutefois changé : la politique monétaire est décrite comme « sensiblement moins restrictive ». Ce qui s’accompagne d’appels plus nombreux à la prudence, face à la multiplication des sources d’incertitude (politique commerciale américaine, éventuelles mesures de rétorsion européennes et d’autres partenaires, politiques budgétaires en Europe).

AsieEn Chine, les autorités ont multiplié les annonces. Outre de nouveaux soutiens budgétaires, un « plan d’action » a été décidé pour soutenir la consommation, mais aussi pour « développer globalement la demande intérieure ». Une panoplie de mesures de rétorsion à la nouvelle augmentation des droits de douanes appliqués par les Etats-Unis à leurs importations en provenance de Chine a été annoncée. Après leur forte augmentation de la fin d’année dernière, notamment motivée par l’anticipation de la hausse des droits de douane américains, les exportations chinoises ont marqué le pas en début d’année. Au Japon, la Banque du Japon a maintenu son taux directeur à 0,50% en mars. Son gouverneur a toutefois indiqué que l’inflation est sur la « bonne voie » et que la normalisation progressive de la politique monétaire devrait se poursuivre. D’ailleurs, malgré un léger ralentissement en février, la dynamique de fond des salaires reste soutenue. L’inflation a toutefois reculé en février (à 3,7%), avec une dynamique toujours modérée des prix des services.

 

Sources des données : Datastream, Bloomberg, US Bureau of Labor Statistics, US Bureau of Economic Analysis, Office for National Statistics, Eurostat, BCE, S&P Global, Statistics Bureau of Japan, Japan Cabinet Office, National Bureau of Statistics of China. 

Rédigé par

Jean-Louis MOURIER
Économiste 
Le 1er avril 2025