Environnement économique - Janvier 2026
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Un froid glacial dans les relations transatlantiques
Nos perspectives économiques et financières
L’activisme des États dans leur objectif affiché de reconquête de souveraineté se traduit par des soutiens substantiels aux secteurs jugés stratégiques et une compétition accrue pour l’accès aux ressources. Ces démarches s’inscrivent dans un environnement mondial moins coopératif où les politiques monétaires demeurent contraintes par un environnement structurellement plus inflationniste. Aux États-Unis, l’administration actionne de nombreux leviers pour appuyer la reprise en main de l’économie par le politique. Au-delà des droits de douane et des prises de participation dans les secteurs stratégiques, le regard du politique se porte sur la banque centrale avec l’objectif d’aligner davantage la politique monétaire sur le projet économique de l’administration. En Europe, les marges de manœuvre des États sont limitées par le champ des compétences de l’UE. En France, l’instabilité politique fait peser un risque sur sa dette publique, une situation susceptible de mettre à l’épreuve la souveraineté du pays dans ses décisions budgétaires.
Le début d’année 2026 a été marqué par l’intervention américaine au Venezuela et la capture du Président Maduro. Par la suite, le Président Trump a réitéré son souhait d’annexer le Groenland, allant même jusqu’à menacer de droits de douane supplémentaires huit pays européens ayant envoyé des soldats sur le territoire danois. Sur le plan économique, la Réserve Fédérale a maintenu le statu quo en janvier après trois baisses de taux consécutives. La Banque du Japon a elle aussi laissé son taux directeur inchangé, mais le prochain mouvement devrait être une hausse. En Europe, l’inflation demeure proche de la cible fixée par la Banque centrale européenne. Sur le marché des changes, l’euro s’est apprécié de 1,44% sur le mois contre le dollar, à 1,1919. Le prix du baril de Brent a augmenté de 16,17% par rapport au mois précédent, à 70,69$.
Aux États-Unis, la Réserve fédérale (Fed) a maintenu son objectif de taux des fed funds, à [3,50% ; 3,75%], après trois baisses de taux consécutives. J. Powell a indiqué que la politique monétaire était « bien positionnée » compte tenu des signes de stabilisation observés sur le marché du travail. En effet, malgré le ralentissement des créations d’emplois, la chute de l’immigration contribue à contenir la progression du taux de chômage, qui atteint 4,4% en décembre. Du côté des prix, l’inflation est restée stable en décembre à 2,7%, un niveau qui reste néanmoins nettement au-dessus de la cible des autorités monétaires. En parallèle, D. Trump a finalement nommé Kevin Warsh au poste de président de la Fed pour succéder à J. Powell dont le mandat expire mi-mai. Ce dernier est par ailleurs visé depuis début janvier par des poursuites judiciaires, officiellement en raison des dépassements de coûts de rénovation des bâtiments de la Fed. J. Powell est sorti de sa réserve habituelle, qualifiant cette enquête de prétexte dans le cadre de la campagne menée par le président Trump pour faire pression sur la banque centrale afin qu'elle abaisse les taux d'intérêt. La nomination de K. Warsh à la tête de la Fed doit maintenant être confirmée par le Sénat. Le mois a également été marqué par l’intervention américaine au Venezuela, et par les velléités du Président Trump au sujet de l’annexion du Groenland, menaçant les pays européens qui s’opposent à cette revendication de droits de douane supplémentaires.
Au Royaume-Uni, les tensions inflationnistes peinent à se modérer. L'inflation est en effet en hausse en décembre à 3,4% notamment sous l’effet d’une légère accélération dans les services, signe que la vigueur des salaires continue de se transmettre dans les prix. Dans le même temps, les indicateurs d’enquêtes suggèrent une reprise solide de l’activité sur le début d’année, aidée par une hausse de la demande et une amélioration de la confiance des entreprises.
En zone euro, la croissance se montre résiliente et atteint 1,5% en 2025. L’activité est restée dynamique au quatrième trimestre, aidée par la bonne orientation des économies portugaises et espagnoles. En France, la croissance a ralenti au dernier trimestre 2025 (+0,2% en glissement trimestriel) et s’établit à 0,9% pour l’ensemble de l’année. Les incertitudes politiques se sont dissipées en janvier, et le budget 2026 est en passe d’être adopté. En Allemagne, la croissance est plus poussive et atteint seulement 0,2% sur l’année, malgré les annonces du plan de dépenses pour les infrastructures. Néanmoins, un redressement de l’activité industrielle semble s’esquisser en novembre. Les nouvelles commandes se sont montrées dynamiques, tirée par les « autres équipements de transport », qui regroupent quelques-unes des branches susceptibles de bénéficier du plan d’investissements en infrastructures et de l’augmentation des dépenses militaires. Du côté des prix, l’inflation de la zone euro continue de s’établir proche de la cible de 2%, ce qui pourrait conforter la Banque centrale européenne à maintenir le statu quo en 2026. Sur le plan commercial, l’Union européenne s’est rapprochée des pays d’Amérique latine membres du Mercosur et de l’Inde. En revanche, les tensions se sont accrues avec Washington au sujet du Groenland.
En Chine, la croissance du PIB a atteint 5% en 2025, en ligne avec l’objectif des autorités. L’économie chinoise demeure tirée par le commerce : si les exportations vers les États-Unis enregistrent de fortes baisses depuis la hausse des droits de douane américains, elles restent dynamiques vers l’Union européenne, l’ASEAN et les autres pays émergents. En revanche, la contraction des investissements s’est accentuée sur la fin d’année tant du côté de l’immobilier que du secteur manufacturier. Au Japon, la Banque du Japon a maintenu son taux directeur inchangé à 0,75% lors de sa réunion de janvier. Outre des taux souverains historiquement hauts, cette décision de politique monétaire est intervenue dans un contexte où le yen était à un niveau historiquement bas, reflétant notamment un environnement politique incertain, marqué par la dissolution de la Chambre basse par la Première ministre Sanae Takaichi, qui a annoncé des élections anticipées le 8 février.
Sources des données : Datastream, Bloomberg, US Bureau of Labor Statistics, US Bureau of Economic Analysis, Office for National Statistics, Eurostat, BCE, S&P Global, Statistics Bureau of Japan, Japan Cabinet Office, National Bureau of Statistics of China.
Rédigé par
Eloïse GIRARD-DESBOIS
Analyste macroéconomique
2 février 2026